26 avr. 2009

[News] Open de France Mémoire 44
(11-12 avril 2009)

Mémorable ’44 !


Le premier Open de France Mémoire 44 s’est déroulé les 11 et 12 avril 2009 à Tours dans la salle magnifique Jean de Ockeghem.



Mon meilleur souvenir de joueur

D’une certaine manière, les 44 participants se sont tous fait surprendre par les organisateurs de l'Open. Surprises à répétitions en effet, tellement tout était parfait : un tournoi très au-dessus de ce qu’on avait imaginé ou même osé espérer.

Après quelques jours de recul, cet événement a pris la première place de mes souvenirs de joueur ; un sentiment largement partagé, semble-t-il, tellement
les témoignages des participants sont dithyrambiques.

Les remerciements chaleureux et émus ont déjà eu lieu sur place. Je renouvelle les miens pour tous, et en particulier :
  • Adrien Martinot, directeur de la délégation Days of Wonder
  • Arnaud Roy, ô grand organisateur !
  • Jacques alias "Jdrommel" : concepteur des scénarios
  • La Maison des Jeux de Touraine.
  • Mes adversaires : Louis, Emmanuel, Aurélien, Abdelkader, Yvon
  • Et tous les autres, staff, joueurs et joueuses, sans exception.
Avant le 11 avril 2009, Mémoire 44 était un bon jeu de société, (allez, un excellent jeu de société), modérément relayé en boutiques, et totalement absent de la presse spécialisée. Pourtant, dotée de ses outils collaboratifs (scénarios, forum, goodies en ligne), une puissante communauté internationale s’est formée. La ferveur des joueurs francophones, anglophones et même germanophones est manifeste.


Extrait des rapports de bataille en ligne.
Fait remarquable : les trois langues cohabitent sur la même page.


Après cinq ans d’existence, un fort potentiel de croissance avait été identifié, mais il fallait concrétiser, en apporter la preuve en environnement réel. En particulier, les joueurs, les organisateurs et l'éditeur n'avaient jamais eu l'occasion de se rencontrer à cette échelle.


Première surprise

La première inconnue restait l’ambiance de la compétition. Après tout, on nous proposait de nous entre-déchirer autour d'un jeu guerrier, selon un système imposant beaucoup d’agressivité : contrairement aux parties « libres », il ne fallait pas seulement gagner les batailles, mais en plus marquer un maximum de médailles, c’est-à-dire tirer sur tout ce qui bouge, et même sur ce qui ne bouge pas, pour éliminer autant d’unités adverses que possible, au détriment de la défense. L’organisation nous mettait au pied du mur en nous demandant d'appliquer une stratégie d'extermination, à n’importe quel prix.

On était inquiet.


Mon premier adversaire,
Louis «
lbouy », 300 parties à date.
Bizarre, il n’a pas l’air inquiet.
Premier match très violent, une victoire partout.

Résultats : pendant l'Open, l'esprit de compétition était bien présent, et les participants très engagés dans leurs dix parties. Pourtant, les deux jours de tournoi ont été perpétuellement ponctués de rires et d'échanges entre des profils pourtant bien hétérogènes : âgés de 9 à 50 ans, les 44 candidats au titre suprême sont venus de Lyon, Marseille, Toulouse, Strasbourg, Le Mans (…), du Jura et de Bretagne, et même de Paris. L’imposante délégation belge emporte tout simplement le premier titre en Wallonie. Et puis il y a Sergey, le moscovite très remarqué, dont la plupart des adversaires digèrent encore leur défaite sur le front russe. Il y avait des papas, des enfants, mais aussi des mamans supportrices, des vieux grognards du wargame, des passionnés de board games, des joueurs d’échecs, de go ou de poker, des profs d'histoire, des militaires. Et puisque vous vous posez la question : dans ce monde de brutes, oui ! La gent féminine était elle aussi élégamment et dignement représentée.

En résumé : un cadre exceptionnel, une ambiance exceptionnelle, une organisation exceptionnelle, et seuls quelques jets de dés décevants me laissent encore un arrière goût amer. D’ailleurs, tous les joueurs étaient unanimes et le doute plane toujours : les dés avaient-ils été testés ? :-)


Hasard et stratégie, toujours la même question (voir ici)…

Trêve de plaisanterie, le niveau de jeu pendant l’Open restait lui aussi une inconnue. On a mis des décennies à admettre que des joueurs de poker pouvaient afficher des niveaux objectivement différents. Qu’en était-il de Mémoire 44, ce système où les mouvements sont soumis à des tirages de cartes et les combats à des tirages de dés ?

Nous avons eu la réponse, pressentie mais encore incertaine : les joueurs expérimentés ont obtenu les meilleurs résultats, sans appel, jusqu’à la finale. Ce n’était pas forcément les plus âgés, répliquerait à juste titre Christophe Épiais, 4ème du tournoi, père de Matthieu (12 ans), 12ème et d’Aurélien (9 ans !). Néanmoins, personne ne s’est plaint du tirage des rounds et des adversaires, où réside la véritable part de hasard. Pour tout le monde, des matches plutôt « faciles » ont alterné avec des chocs brutaux contre un ou plusieurs experts passionnés. Ces rencontres sont révélatrices : préparons-nous surtout à des opens futurs où il sera de plus en plus difficile d’enchaîner les victoires aller ET retour contre le même adversaire. Le score presque parfait de 9 victoires sur 10 atteint par les deux finalistes – mesurez bien la performance ! – sera de plus en plus inaccessible, et sur tel nombre de parties, le rôle du hasard reprendra vite la modeste place qui lui revient.



Le team Praxeo

La délégation Praxeo a fait un résultat correct, sans plus. Mais que de plaisir !


Russie, morne plaine. Net et sans bavure.

Mathieu, 4ème à la fin du premier jour, plein d’espoir et les dents qui rayent la moquette de la salle Jean Ockeghem – on le comprend –, connaît un dimanche difficile et termine finalement 13ème avec 8 victoires. Je quitte aussi le haut du classement lors du dernier match contre le redoutable Yvon "Bomberos", le numéro 1 du premier jour : 1 partout : 6-1, 2-6 (!), un score meurtrier pour tous les deux. Paul, notre jeune espoir, termine plus loin, avec 6 gains et un carton plein de 4 victoires consécutives Day-2, sur des scénarios difficiles, et après un solide briefing stratégique du team Praxeo le samedi soir à l’hôtel ! Étude des scénarios, évaluation des risques, analyses techniques. Cette approche « en équipe », comme celles du team Épiais et de la forte délégation wallonne, laisse totalement entrevoir l’émulation qu’apportera bientôt la pratique de Mémoire 44 en club…


La finale, deuxième grosse surprise

Deux joueurs se sont nettement détachés :
  • Le manceau François Gonçalves, alias Hawkmoon Von Köln, pionnier de la communauté francophone et hyperactif sur le forum, affiche à la fin des 10 parties de poule 9 victoires, 61 points sur 62 possibles, soit 98.4% du score max. Absolument incroyable.
Les pronostics le donnent favori, sur des critères délicieusement subjectifs : il est plus grand, plus imposant, il est sympa. Et puis, il a un joli pseudo. Et surtout, il joue très bien.

  • Venu de Belgique, son challenger charismatique Mehdi Mrakha est tout aussi impressionnant avec 9 victoires et 60 points, une performance remarquable de 96,8%.
La première finale sera déjà internationale : c’est magnifique ! Heureusement que le Championnat de France s’est rapidement transformé en Open, dès sa première année. La communauté M44 s’affranchit d’emblée des lourdes polémiques chauvinistes que j’ai pu constater dans d’autres communautés ludiques que je ne nommerai pas…

La véritable surprise de cette finale, assurément la plus spectaculaire, c'est le professionnalisme de la mise en scène. Les photos se passent de commentaires. Et il y aussi le choix du scénario : l’offensive américaine vers Cherbourg en juin 1944 – du bocage pur sucre, compliqué par des rivières et d’imposants reliefs en prime (accessoirement, c’est ma région natale). Il fait peur, presque autant aux spectateurs qu’aux finalistes.


Mehdi vs Hawkmoon – photo Arnaud Pirois



Grandiose ! – photo Stavros Gessis

Un décor qui n’a rien à envier aux événements les plus prestigieux, comme un tournoi d'échecs à Linarès ou un Ryûô Sen de Shogi à Paris (Voir ici). Toutefois, les images ne permettent pas de retranscrire l’ambiance sonore. Écoutez plutôt :

– Aaah! Ooooh! du public, après un bon vieux tir de grenade bien moulu de Mehdi sur l'artillerie adverse.

– Bravo, bravo ! (applause) après une percée de blindés d'Hawkmoon très agressive, audacieuse, mais réussie.

La piste de dés projetée sur deux mètres carrés de mur de la chapelle gothique assurait le suspens. Arbitrage par Antoine (DOW), commentaires en direct par Arnaud : points de règle, choix des mouvements, résultats des combats, et quelques tentatives d’interprétation de la stratégie des protagonistes : « François joue une reconnaissance pour bénéficier du choix de deux cartes dans la pioche. Ah non ! Il me fait signe qu’il l’utilise comme attaque aérienne ». Encore une règle spéciale à ne pas oublier. Rires… Encore et toujours, une ambiance de compétition à la fois sérieuse et bon enfant ; les spectateurs sont détendus, les finalistes s’adressent directement à eux (à nous), manifestent ouvertement leur joie des bons coups, et intériorisent dignement des revers parfois douloureux. On les sent tendus et l’exubérance de Mehdi dans les poules a fait place à un joueur prudent, posé et consciencieux. Ça bout à l’intérieur, ça ne se voit pas, mais ça se sent. François « Hawkmoon » est égal à lui-même, sympa et brutal, l’archétype et digne représentant du joueur de M44, avec une première victoire rapide supposée exemplaire, jusqu’au moment où le vent tourne : l’angoisse s’installe à 0-4 (sur 7) dans le match retour. Une angoisse immédiatement captée par le public.

Le résultat est sans appel :

  • Hawkmoon (alliés) contre Mehdi (axe) : 7-4 en un temps record
  • Hawkmoon (axe) contre Mehdi (alliés) : 0-7 !
    (une partie dont l'étude aller-retour figurera au programme officiel dans les écoles de Mémoire 44, dans quelques années. Ben quoi ? Il y a bien des écoles de poker...)

Ces joueurs qui, contre les meilleurs, ont connu des parties parfois serrées (Mehdi se qualifie pour la finale après une double victoire très violente 6-5 6-5 au Fort de Clairvaux contre le sparing partner de Jdrommel, tout de même !), ont été confrontés à un scénario particulièrement complexe sur une carte vraiment difficile à lire. On n'avait jamais vu ça. Devant les deux parties, aller et retour, les spectateurs ont pris une leçon de tactique, de stratégie, et d'humilité : nous avons assisté à une démonstration de haut niveau.


Mehdi vs Hawkmoon – Photo FFM44

Pour finir, je tiens à saluer respectueusement l'engagement de tout le staff, et la générosité de Days of Wonder lors de la remise des prix. En particulier, tous les participants se sont vu offrir en avant-première la nouvelle extension Battle Map #2 (super les Tigres !).


Arnaud Roy et Alexis Beuve
T’as assuré, mon pote !


Bonus Praxeo


© Days of Wonder

En réponse au geste de DOW, et avant même la sortie officielle de l’extension qui introduit les redoutables Tigres, je vous offre une étude comparative des unités de M44, permettant de situer le Tigre. Attendez-vous au pire…


Accéder à l'article


L’aventure commence maintenant

À l'échelle de l’ambition des organisateurs et des attentes exigeantes des joueurs, l'Open de France n'était-il pas avant tout une première étape, un test, un proof of concept ? Maintenant, la communauté francophone se connaît, la communauté US observe avec beaucoup d'attention, et le système de tournoi semble rôdé dès sa première occurrence. Personne à ma connaissance n’a contesté le mécanisme des rounds (aléatoire), les conditions de victoire (pourtant nouvelles et plus violentes que les règles normales en partie libre), ni le système de classement par médailles/figurines et non par victoires. Avez-vous déjà constaté une telle adhésion ailleurs ? Il y a de quoi envisager la suite sous les meilleurs hospices. À ce titre, écoutez plutôt les annonces exclusives d’Arnaud Roy (équipe d'organisation) et d’Adrien Martinot (DOW), pendant la remise des prix :
  • Projection d'un Open de France 2010 (international) quelque part en Normandie, pas loin des plages du débarquement…
  • Création prévue d'une fédération de Mémoire 44.

Le Devoir de Mémoire

De mon humble avis de wargamer, Mémoire 44 n’est plus un jeu de société, c’est désormais un jeu d’Histoire à part entière (i.e. wargame avec figurines, même si les règles restent relativement simples). Incontestablement, Mémoire 44 est rentré dans la cour des grands et j’espère qu’il sera maintenant relayé en tant que tel par Vae Victis, le périodique de référence sur ce thème. S’il fallait insister, rappelons que la création du jeu en 2004 était motivée par le Devoir de mémoire, et commanditée par la Mission du 60ème anniversaire des Débarquements et de la Libération de la France. Mission accomplie.


Cinq ans plus tard, au moment où les bons jeux entament habituellement une période de déclin, l’objectif est atteint et l'aventure ne fait que commencer. C'est une bonne chose que l'étincelle soit venue de France… et de Belgique (rappelons que l'auteur Richard Borg est américain, et la communauté anglo-saxonne nettement plus vaste que la nôtre).

Avec beaucoup de précautions, je pense que le Devoir de mémoire, à l'échelle de ce qu'il peut être dans un cadre ludique, ne fait que commencer.

Plus d’info :
Scénarios

Participants ou pas, de nombreux joueurs souhaiteront revivre l'Open à la maison, y compris la finale, bien sûr, dont voici les six scénarios. Aller-retour obligatoire.

Articles Mémoire 44

Alexis Beuve

(c) Praxeo 2009*
« Une défaite s’explique, une victoire se fête. »

* avec l'aimable autorisation de Days Of Wonder

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25 avr. 2009

[Info] Le poker du côté des jeux de société

Cet article a été rédigé et grâcieusement offert par les journalistes du portail Poker Listings. Devant la qualité et la pretinence du contenu, il signe le début d'une riche collaboration. Maintenant, place à l'info.


Même si le poker a envahi les tables de la cuisine ou du salon, les jeux de société ont gardé leurs lettres de noblesse auprès de nombre d’entre nous. Ce n’est d’ailleurs pas sans raison que l’on trouve encore aujourd’hui partout en France beaucoup de clubs de jeux de table ou de rendez-vous hebdomadaires dédiés. Au sein de la grande variété des jeux dits de plateau, il est cependant amusant de retrouver nombre d’entre eux qui reprennent certains éléments ou concepts chers au poker. Petit tour d’horizon.

Dans la série des jeux que l’on pourrait qualifier d’hybrides, Alpha Poker (2006, Alterludis lien, lien) se trouve être un habile croisement entre poker et Scrabble – un concept déjà exploré par Pocker's (Massilia Games Creation, lien) en 1994 ! –, tout comme Spoker (1999, Ludapi, lien, lien) qui utilise de son côté le plateau similaire au célèbre jeu de lettres (à l’inverse du premier nommé simplement composé de cartes), mais cette fois sans mots à composer. Quick Poker (2006 réédité en 2007, Carta Games, lien, lien) propose pour sa part une idée encore plus simple mais pas moins amusante, alliant combinaisons de poker au concept des petits chevaux. Quant à Yathzee Texas Hold’em (2006, Parker/Hasbro, lien) comme son nom l’indique, il combine allégrement les deux jeux éponymes. Un jeu qui vient s’ajouter à la classique déclinaison du poker par les dés, et parmi laquelle on peut retrouver quelques variantes tel que Phenix Poker (2002, Saga, lien).

De son côté Duel Poker (2006, Parker/Hasbro, lien), simpliste, ravira peut-être ceux qui ne souhaitent pas trop s’éloigner du jeu de base. Mais pour les ceusses qui souhaiteraient continuer de jouer au poker pur et dur avec quelque originalité, Mexican Hold’em Poker (2007, Repos production/Asmodée, lien, lien) semble tout indiqué. À l’image du best-seller destiné aux échecs Tempête sur l’échiquier (Variantes, lien), le principe est simple : partir du jeu de poker hold’em tel qu’on le connaît, en y ajoutant foule d’événements tout aussi spéciaux que tordus et amusants. De quoi faire finir dans la joie et la bonne humeur certaines soirées entre amis. Dans le même genre en peut-être moins fou, Poker d’enfer (2007, Les XII Singes/Millennium, lien, lien) propose ses cartes spéciales qui viennent se greffer à un jeu proche du poker fermé ou du stud.

De nombreux autres jeux fleurent le poker de près ou de loin, notamment sa composante majeure qu’est le bluff. Les jeux de bluff qui ont inspiré certains jeux à boire (tels que le Kinito, dérivé du poker menteur) sont en effet légion : Bunker Poker (1999, Gigamic, lien, lien) à base de déductions, ou encore Le Poker des Cafards (2004, Drei Magier Spiele/Schmidt, lien). On retrouve également jeux mariant bluff et jeu de plateau : Poker face (1996, Schmidt, lien), Island Poker (2002, Bambus, lien), poker et jeu de conquête : Chicago Poker (2007, Phalanx Games, lien), ou encore dans un genre plus éloigné, des paris sur fond de questions-réponses avec Gambit 7 (Days of wonder, lien, lien). Les plus jeunes ne sont pas oubliés avec entre autres Kiddy Poker (2009, Piatnik, lien) ou Casino Hot Dog (2008, Haba, lien).


Devant une ludothèque mondiale considérable, une telle liste ne peut toutefois que s’en retrouver non-exhaustive. Gageons d’ailleurs que le poker devrait encore inspirer de nombreux créateurs au cours des années à venir. Ceci a d’autant plus de chances de se vérifier que le boom du poker a fait renaître certaines valeurs auprès de la population. À l’origine, qui n’a jamais apprécié une sympathique petite partie d’un jeu de société en famille ou entre amis ? La démocratisation du poker à grand échelle, son accessibilité, et le redorage d’une image ayant toujours pâti des clichés des parties louches d’arrière-salles, ont permis de réconcilier les gens avec de genre d’activités conviviales, bien loin des loisirs tout numériques d’aujourd’hui. Le poker est en quelque sorte en train d’instaurer un retour aux sources, ce dont les magasins et rayons des jeux de société ne peuvent que se réjouir. Alors au moment de ranger votre mallette de jetons dans son placard d’ici votre prochaine partie de poker, pensez à dépoussiérer les boîtes de jeux qui traînent derrière. Qui sait si vous n’allez pas re-succomber !

Frédéric Guillemot de Poker Listings France

22 avr. 2009

[News] Exhibitions, cours de go, ateliers et reportages photo

Jeu de go
Quatre exhibitions de Motoki Noguchi


Pour la sortie de Tsumego, l'art du combat au jeu de go, Praxeo et Motoki ont été invités par quatre prestigieuses places ludiques pour offrir des cours, initiations, exhibitions. Zoom.

En marge, ce fut l'occasion d'organiser des ateliers d'initiation au shogi, xiang qi et poker. Le public était au rendez-vous.


1/ Samedi 28 mars 2009 - Docteur Stratagème

Initiation et concours de tsumego avec Docteur Stratagème, Paris.




Galerie photos magnifique de Rodolphe Engel ici
(Voir aussi toutes les photos de Rodolphe Engel)



Quatre heures de pédagogie assurées par Motoki
(Photo Éric Cheymol)

Voir toutes les photos, par Éric Cheymol



Initiation au xiang qi et au shogi
L'animateur du xiang qi est à droite sur la photo : Hadrien Beuve, 7 ans



2/ Samedi 4 avril 2009 - FNAC Forum des Halles

Dédicace Motoki Noguchi (go) et Alexis Beuve (poker) à la
Fnac Forum des Halles Paris.

Les responsables du rayon Loisirs et l'équipe "com" avaient mis les petits plats dans les grands pour garantir le succès de cet événement. Merci de cet accueil. Au-delà des dédicaces, Motoki et moi-même nous sommes livrés à des parties pédagogiques de go et de poker. Des échanges enrichissants avec les lecteurs et clients de la Fnac.


On retiendra l'anecdote. Motoki a ainsi (enfin) appris à jouer au poker dans un lieu pour le moins exotique : le couloir central de la Fnac Forum, devant un public intéressé !


La pédagogie au poker, c'est ça:
une quinte flush floppée devant le public !



3/ Du 11 au 13 avril 2009 - Tournoi de Paris

Tournoi de Paris avec Motoki, dédicaces avec Variantes.




Motoki Noguchi, Alexis Beuve, Fan Hui


Gros succès de Tsumego, l'art du combat au jeu de go,
avec Variantes



Exhibition de shogi, le 12 avril,
Plus d'info sur le shogi :
le site de la FFS


13 avril, Praxeo et Marc-Antoine Nguyen ont animé un atelier xiang qi,
qui a vu défiler plus de 40 joueurs.


Mélissa, 10 ans (et Championne de France des moins de 12 ans),
avec l'un des Tsumego offerts par Praxeo.


4/ Samedi 25 avril 2009 - Damier de l'Opéra

Cours de tsumego avec le Damier de l’Opéra,
les clubs de
Levallois et Antony, et l'association Yuai.

Un cours de go plus avancé dans un temple du jeu !
Un public averti a répondu présent.


Marie et Aurélien
présents à tous les événements !

19 avr. 2009

[Jeu] Mémoire 44: les Tigres

Tigres

Article technique à l'usage des joueurs de Mémoire 44.


Durant l’Open de France 2009 de Mémoire 44, Days Of Wonder a offert aux 44 participants, en avant première, la nouvelle extension Battle Map #2 Tigers in the snow (à jouer en Overlord) qui introduit les redoutables Tigres. En réponse à cette générosité, je vous offre une étude comparative des unités de M44, que j’espère précieuse, incluant les Tigres : voici leurs performances défensives (étude probabiliste par calcul d’EV, par Alexis Beuve).


© Days of Wonder



Annexe 1
Expected Value, espérance de destruction comparée de tous les types d’unité (hors première ligne) selon le mode d’attaque

  • En abscisse : le nombre de dés d’attaque contre la cible.
    1 dé * = Mitraillage (Air Pack),
    2 dés * = Attaque aérienne (Règle de base).

  • En ordonnée : le nombre de figurines détruites, en moyenne, par un tir ou un assaut.

Application : un tir de barrage (4 dés) sur une unité d’artillerie adverse provoque en moyenne une perte de 0,67 figurine (deux tiers, pas terrible finalement). On voit aussi que l’artillerie est plus vulnérable aux attaques aériennes.

Les unités attaquées sont supposées placées hors de la première ligne, où elles sont plus faibles, à cause des drapeaux directement éliminatoires. Je conserve quelques études supplémentaires, mais sachez par exemple qu’une artillerie sur la première ligne a exactement les même performances défensives qu’une unité blindée « dans le champ » (courbe noire).

L’EV est cumulative. Exemple : on peut espérer une figurine détruite lors d’un tir à trois dés sur une unité de blindés. Il faut donc anticiper en moyenne trois assauts consécutifs pour détruire complètement l’unité : 3 attaques x 1 figurine = unité détruite. Il en faut un de plus contre une unité blindée d’élite.

Annexe 2
Chances de pertes

Annexe 3
Attaque contre un Tigre

Chances de destruction du Tigre au premier assaut / tir, selon le mode d'attaque. (Hors première ligne)


Pour les Tigres, l’opération se complique. L’EV est tellement faible que la planification d’une attaque restera toujours hasardeuse. Patience et persévérance… à condition d’en avoir le temps. Dans ses conditions, les attaques aériennes offrent finalement d’assez bonnes performances (malheureusement interdites dans Tigers in the Snow). Leur premier avantage : pas de risque de riposte des Tigres en cas d’échec ! Les tirs de barrage offrent bien 20% de chances de destruction, mais il semble plus raisonnable de les garder pour l’artillerie adverse : 52% d’impacts, et même 80% lorsqu’elle est sur la première ligne. En revanche, ces 20% s’appliquent aussi à une Infiltration.


Comment attaquer un Tigre ?

D’abord, se munir de courage, respirer un bon coup, puis foncer, mais pas n’importe comment. Voici ce qui vous attend : en général, plusieurs assauts successifs seront nécessaires, il y aura des pertes.

Pour commencer, deux exemples contre un Tigre en plaine (pas de protection), à retenir :



Cliquer pour agrandir


Naturellement, le Tigre réfugié en forêt va poser de sérieux problèmes. Testons quelques façons de le déloger.


Cliquer pour agrandir


Ça ne va pas être facile. Voyons aussi quelques exemples d’attaques combinées plus complexes.



Cliquer pour agrandir


La première ligne

En général, les Tigres commencent les scénarios sur la première ligne. Les règles sont claires : il faut relancer tout dé qui procurerait une perte. Donc, drapeau inclus.

Les pertes moyennes d'un Tigre attaqué sur la première ligne augmentent de façon significative : +33% minimum (1 dé) jusqu'à +44% (4 dés). Un tir de barrage sur un Tigre en première ligne détruit la cible dans 29% des cas (contre 20% ailleurs sur la carte). Mitraillage : 11% (+3), Attaque aérienne : 21% (+5). Ça reste faible, mais toute chance de détruire un Tigre devant être saisie, le meilleur moment pour les attaquer est incontestablement en début de partie, lorsqu'ils sont encore sur leur première ligne.


Voilà, vous connaissez maintenant un peu mieux l’ennemi. Tremblez face aux Tigres des neiges, affrontez-les en connaissance de cause… ou bien jouez l’Axe !


Battle Map #2 Tigers in the snow
© Days of Wonder

Articles sur Mémoire 44
Alexis Beuve
© Praxeo 2009*

* avec l’aimable autorisation de Days Of Wonder





10 avr. 2009

[Jeu] Zoom sur Mémoire 44

Mémoire 44, le nouveau "grand classique" ?


Que fais-je quand je n'écris pas des livres de jeu ? Eh bien je joue. Et le jeu que j'ai le plus pratiqué en 2008 et en 2009, et de loin, c'est MÉMOIRE 44.




(c) Days Of Wonder

Mémoire 44 est un peu plus qu'un jeu de plateau, tellement son système est abouti. Le premier Open de France Mémoire 44, qui se déroule les 11 et 12 avril 2009 à Tours, et la communauté de joueurs très active illustrent un phénomène vraiment rare sur le marché des jeux.


(c) Days Of Wonder

Cette news est l'occasion de présenter brièvement le chef d'oeuvre qu'est MÉMOIRE 44.

La meilleure façon de découvrir les principes et le très beau matériel, c'est ici (cliquez sur l'image). Allez sur le site de Days Of Wonder, très bien documenté. Notez que l'éditeur propose toutes les règles (base et extensions) en fichiers PDF téléchargeables d'excellente qualité. Sur le principe : de gros hexagones, des unités réalistes, des cartes d'activation, des dés de résolution des combats. C'est à peu près tout. Pour l'histoire, ce mécanisme a été repris de Battle Cry, sur le thème de la guerre de sécession.




Réaliser un rêve d'enfant : mettre en scène ses petits soldats ?

On est d'abord en droit de se demander si c'est du lard ou du cochon. Nombreux sont les systèmes qui ont remplacé les hexagones du wargame et les traditionnels symboles de l'OTAN par des figurines plus réalistes. L'initiative date des années 1980 pour la France (la première version des Aigles, épopée napoléonienne doit même dater de 1979, à vérifier).


Omaha Beach - avec Vierville, au fond. Bon courage !
(c) Days Of Wonder


On rentre de plain pieds dans la vague des jeux de guerre avec figurines, une branche à part entière du wargame. Cette activité a connu son apogée dans les années 1990 et 2000, à l'initiative par exemple de Théophile Monnier et son mensuel mythique VAE VICTIS, toujours publié aujourd'hui. Et pour ceux qui restent dubitatifs, les jeux de simulation se portent bien aujourd'hui : net4war.


L'opération Crusader, Libye 1942, à la maison


L'évolution du wargame: du réalisme et des règles modernes ?

Le wargame avait déjà évolué pour intégrer des règles qui faisaient cruellement défaut dans les premiers standards : commandement, fatigue, logistique, initiative, exploitation.

Croyez-moi si vous voulez, MÉMOIRE 44 traite tout, au détriment du réalisme sub-tactique d'un ASL bien sûr, mais avec une simplicité et une efficacité redoutables. Il ne s'agit même pas d'un raccourci mais d'une idée géniale de Richard Borg, le concepteur, reposant tout simplement sur le nombre de cartes que l'on distribue dans chaque scénario. À l'usage, le wargamer s'y retrouve (assez bien), mais phénomène fabuleux : les joueurs de Risk et Stratégo en famille comme les grognards de Diplomacy aussi !


La communauté MÉMOIRE 44

Comme pour le poker, le go, le bridge, World of Warcarft, Magic, Pokémon, Bakugan (un petit bijou pour enfants), Neuroshima Hex (un petit bijou pour tous) et bien d'autres, le jeu communautaire s'est largement développé. Et bien sûr, un tel système a très vite trouvé ses puristes, dans plusieurs pays : France, Étas-Unis, Angleterre, Allemagne, Belgique, Russie, Australie, Scandinavie, ...

Chose rare (unique ?) : c'est l'éditeur lui-même qui a mis à disposition tous les moyens de fédérer une communauté internationale de joueurs. Voici une liste non exhaustive de ces moyens. Pour en disposer, il faut un compte personnel, les licences étant fournies dans la boîte de base et certaines extensions.
  • Espace téléchargement
    Règles, scénarios, bonus.

  • Forum
    Très actif, aussi bien pour la communauté anglo-saxonne (25000 messages à date) que francophone (20000 messages à date). Il y a aussi une communauté germanophone.
    Le devoir de mémoire est l'affaire de tous.

  • États de service
    Un autre module offert par l'éditeur Days Of Wonder. Les joueurs peuvent saisir leurs résultats et leurs rapports de bataille en ligne. Ainsi, chaque joueur, ou chaque scénario, génèrent des statistiques : gains alliés contre gains de l'axe, etc.

  • Scenarios officiels
    Tous les scenarios proposés dans la boîte de base et dans toutes les extensions sont largement décrits et proposés en téléchargement. Accès aux scénarios officiels.



  • (c) Days of Wonder
    L'historique et l'ordre de bataille en une page.
    L'ombre de Squad Leader planne, le graphisme en plus.


  • Scénarios "du front"
    Les membres de la communauté ont accès à l'éditeur de scénario. Il y a en plus de 1000 (à date), dont certains d'une minutie historique digne des simulations les plus sérieuses.

  • Deux personnages hauts en couleurs se sont largement détachés. Il s'agit de Brummbär pour la communauté anglo-saxonne et jdrommel pour la communauté française.

  • jdrommel
    Plus de 150 scénarios à son actif. Et ce n'est pas fini.
    Jdrommel traite tous les fronts avec le même engagement, et on lui doit d'avoir mis à l'honneur des pages de l'Histoire moins connues que Koursk ou Normandie 44. Citons par exemple de nombreuses compositions sur la Pologne 39, Norgève 40, la résistance française, la résistance de Tito en Yougoslavie, le front sud de Crimée 41 lors de l'opération Barbarossa, Indonésie 42, Grèce 41, les affrontements franco-italiens en haute-montagne 1940, et la troisième grande bataille de la 2ème DB du Général Leclerc, néanmoins la moins connue, il s'agit de Dompaire, après Falaise, Paris et avant Strasbourg.

    (J'en profite pour réclamer l'épisode préparatoire de la réduction de la poche de Falaise entre Alençon et Argentan, 2ème DB contre 2eme, 21ème et 116ème Panzer)


  • Jdrommel doit aussi être fier d'avoir su réhabiliter et mis sur le devant de la scène les péripéties de la campagne de France 40, notamment grâce à son scénario Overlord (deux cartes, pour huits joueurs) Les cadets de Saumur. Il s'agit d'un "officiel" très célèbre aujourd'hui, fourni dans l'extension Battle Map #1 de Days Of Wonder. Et avec les Carnets de Campagne, il est même possible de simuler la grande campagne France 40 sur le principe "le jeu dont vous êtes le héros" (les scénarios s'enchainent différemment selon les résultats), avec le but ultime d'éviter le désastre de Dunkerque.


Les cadets de Saumur - Overlord
(c) Days Of Wonder

  • Cette carte illustre le mode overlord : deux jeux sont nécéssaires. Dans chaque camp, un général en chef distribue les cartes d'activation à trois généraux de terrain, qui les utilisent comme bon leur semble. Il y a de quoi simuler le désordre des champs de batailles et les problèmes de communication sur les lignes de front, sans règles compliquées.

  • Bummbär 44
    Autre star de la création de scénario, le canadien Brummbär s'est fait reconnaître pour la qualité de ses compositions sur Anzio, la campagne d'Italie en 1943. Il a aussi publié dans les scénarios officiels La bataille de la tête de pont (Caen 44). Son site web se passe de tout commentaire, tellement la passion et l'engagement transpirent dès la home page.

  • Les pages perso
    Je n'en dis pas plus, allez vite visiter le must : jdrommel, Brummbär mais aussi celle de Rasmussen81, Mithir ou Bar-91 (France) auteur de l'époustouflant Sainte-Mère Église version finale.
And the winner is...


Le débarquement de Salerne (par Benji).
(c) Days of Wonder

C'est sur ce scénario que j'ai pris le plus de plaisir à jouer... et à gagner. Six victoire à zéro, avec les deux camps. Pourvu que ça dure.

Les forces en présence sont très différentes et d'apparence très déséquilibrées. Il s'agit d'un débarquement. Les forces américaines présentent une supériorité numérique écrasante, mais les force de l'axe bénéficient de l'avantage du terrain. Elles n'ont que deux unités blindées mais dont la mobilité doit être exploitée au maximum. Ce scénario ne pardonne aucune erreur.


Le redoutable Mathieu, sparing partner
Scénario Méditerranée - Réfugiés à Bir Hakheim


Partie simultanée
Cyrénaïque 1941 (Tobruk - Bir Hakeim) contre Quentin,
Bastognes (contre-offensive des Ardennes 1944) contre Hadrien.


J'espère que ce petit aperçu aura attisé votre curiosité.

MÉMOIRE 44 est un plus qu'un jeu, c'est un système, aussi rôdé qu'efficace et ouvert. J'oubliais l'un des critères sur lequel les joueurs sont les plus exigeants : la durée de jeu. Les parties durent invariablement de 30 à 60 minutes, rarement plus. Ce jeu a donc toutes les qualités pour attirer de nouveaux adeptes.

Enfin, pour ne pas jouer idiot, permettez-moi de suggérer de compléter vos parties par un peu de lecture : par exemple l'Atlas du débarquement et la bataille de Normandie, aux éditions Autrement.

Rendez-vous à Tours, pour l'open de France.


Articles sur Mémoire 44

Alexis Beuve

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