17 sept. 2009

[News] Poker - Montmarte hold'em
dans la cour des grands






La saga des clubs continue, après Casablanca (novembre 2008), le Club 3,14 (mai 2009) et le Club Poker 78 (juin 2009), j’ai rendez-vous le 7 juillet 2009 au prestigieux Montmartre hold’em, à Paris, présidé par Laurent Macq, un club de renom dont je vous donne tout de suite le principal critère d’identité :

MHE : des performances régulières
au niveau national et même international

Rien que ça ! Dans cet article, je développerai aussi un thème qui intéressera sans doute bon nombre de présidents ou futurs-présidents de clubs, car Laurent semble en mesure de répondre clairement à la question capitale :

Comment créer un club, à partir de rien ou presque,
et porter son niveau vers les plus hautes sphères du poker
tout en restant limité en moyens, place et finances ?


Dans l’univers des clubs et toute proportion gardée, Le Montmartre hold’em est le club des stars et des champions. Ils sont peu nombreux à jouer dans cette cour. Pourtant, le MHE ne compte qu’une soixantaine de joueurs, là où les ténors dépassent 850 joueurs (exemple : Bordeaux, Marseille).

Au programme de cette soirée, rencontres, interviews et tournoi de heads-up. Point final. Cette fois-ci, on ne rit pas (si, un peu quand même), on ne mange pas, on ne boit pas (ou peu), on parle (un peu), et surtout on joue (beaucoup). Sobre et efficace. Mais quelle organisation !


Laurent Macq organise le tournoi de heads-up du 7 juillet 2009

Historique du club

Le MHE est aujourd’hui l’un des clubs les plus réputés de l’Hexagone, alignant pas moins de deux champions de France FFDP, et des participants aux WSOP, EPT, WPT.

À l’origine, le club est crée par un groupe d’amis, habitué à jouer dans un appartement privé situé sur la butte Montmartre, d’où le nom. À la suite d’une offre du magazine Card Player qui proposait de fournir du matériel à toute nouvelle entité, Laurent dépose ses statuts et obtient un référencement dans l’Annuaire des Clubs qui lui a permis de rencontrer des joueurs très motivés à Paris. Nous sommes alors début 2007.

Le club s’installe dans un labo photo, place du Colonel Fabien (à proximité du Siège du Parti Communiste Français) et compte 27 membres à la fin de la première année. Il migre dans divers restaurants et bars, puis trouve un nouveau local fixe en 2007, dans la salle de code d’une auto-école ! Qu’on ne dise pas que le MHE doit sa renommée à ses facilités dans la capitale, les deux premières années furent un véritable parcours du combattant pour les quatre fondateurs : Eric Trescarte, Emmanuel Thierry, Christelle Audebert et Laurent Macq. Ils doivent clairement leur succès à leur motivation et à leur obstination. Dont acte.

Finalement, le MHE élit domicile en mai 2008 dans les locaux d’un club de bridge du XVIème arrondissement de Paris. Un cadre accueillant et bien conçu pour le jeu, une fois par semaine, le mardi.

Affiliation

Séduit par le principe des interclubs, le MHE est affilié FFDP depuis le début. Plusieurs partenariats ont également été réalisé avec Titan Poker, Poker 770 et récemment Unibet, ce qui permet de recevoir du matériel et des places dans des tournois internationaux prestigieux, comme l’IPO de Dublin. Le MHE entretient également d’étroites relations avec d’autres clubs de poker, notamment celui de Versailles.


Services aux joueurs

Alors, comment expliquer les résultats exceptionnels et le niveau élevé pratiqué au MHE ?

Du coaching, de l’émulation interne ?

Bingo ! Premier point-clé. Parmi les membres du MHE figurent par exemple ValVegas, l’un des professeurs de Poker Académie (Éloi Relange, Stochastic, etc.) et auteur d’articles dans Poker VIP. 29 ans, gros joueur et habitué aux mises élevées et tournois prestigieux aussi bien online qu’en live, ValVegas a choisi le MHE comme pied-à-terre parisien dont il est membre à part entière. Avec d’autres joueurs de très bon niveau, il participe activement à l’émulation interne et prodigue des services que j’apparente plus volontiers au coaching (groupes et suivi individuel) qu’à de l’enseignement. Son nom ressort souvent lorsque j’interviewe les joueurs, et nombreux sont ceux qui lui doivent manifestement beaucoup dans leur progression. Il anime par exemple des cours avec rétro-projecteur, un cursus très apprécié sur le cash-game.


Les tueurs du poker online : ValVegas et Luc Frumillon

De la documentation ?

Certes, le cercle est doté d’une librairie, où l’on trouve la plupart des livres majeurs. Péché d’orgueil ou réflexe bien humain : je cherche le mien dans les rayonnages. Je ne le vois pas. Laurent m’explique que Le poker, au-delà du hasard est souvent emprunté par les membres. C’est toujours ça de pris pour l’égo !


Les parties de poker

Au MHE, on pratique plusieurs formes de poker : NLHE bien sûr, mais aussi Omaha et initiation au H.O.R.S.E. Les événements et tournois sont nombreux et le classement du club tenu à jour. Il est disponible en ligne.

Le recrutement

Voici le véritable secret de la « Méthode MHE ». Laurent a dû mettre en place un système de sélection des membres, avant tout parce que la place de jeu est physiquement limitée. Immédiatement, ce système porte ses fruits et aujourd’hui, le recrutement a évolué vers des critères de rendement et de résultats. Une démarche élitiste, que d’aucuns trouveront même critiquable pour une association, mais les résultats sont là ; que demander de plus ?

Les membres du MHE ont dû s’inscrire sur une liste d’attente, passer un examen pratique sous forme de jeu sur table, avec quelques questions, et évidemment, leur comportement est évalué au même titre que leur niveau de jeu.

Laurent déclare que ces critères de sélection sont autant techniques qu’humains et comportementaux. Peu importe si un joueur call une enchère que le dernier traité néo-new-school à peine sorti d’imprimerie préconise de relancer all-in, mais un joueur qui ne sait pas dealer et enchérit lorsque ce n’est pas son tour pose un tout autre problème dans le cadre d’un club. Sont bannis : l’arrogance, le bruit, la trash talk.

Le Montmartre hold’em valorise la courtoisie, l’expérience et le niveau de jeu.

Comme dans les meilleures entreprises,
le MHE doit clairement son succès au recrutement.

Ne jugez pas, mais faites-vous un avis et disposez de cette particularité unique à ma connaissance pour votre propre club.


Le tournoi de heads-up

Formule 32 joueurs en élimination directe, augmentation des blinds toutes les 12 puis 15 minutes. En heads-up, c’est un beau rythme, assez lent, en fait. J’ai peu de témoignages sur les parties parce que je suis très concentré sur les miennes : je ne peux pas vraiment me permettre de me faire sortir dès le premier tour dans un club d’un tel niveau. Vous imaginez, si un jour je pose ma candidature et que je ne passe pas l’examen d’entrée ? :-)

Mes adversaires sont très sympathiques et j’y suis sensible, d’un comportement irréprochable. Je vois à l’œuvre les fruits d’un bon recrutement. Le niveau de jeu est vraiment bon.


Gaël

Non sans mal, j’élimine mon premier adversaire, Gaël, à l’aide de betting patterns expérimentaux (objectif perso 2009), et en prenant des risques conséquents et parfois débiles. Après avoir relancé All-in à la turn (je couvre Gaël) avec Q-Q-J-4 sur table et 7-4 dépareillés en main (!) – bottom pair et tirage couleur, je touche une horrible couleur hauteur 7 à la river qui craque une paire de rois servie ! Du poker moderne vraiment pas propre, absolument pas étayé par la théorie ni la technique, mais aucune méthode n’ayant exclu un bon coup de bol, ça passe malgré une mauvaise lecture de ma part et un semi-bluff à l’arrache complètement raté.


Craquage à la norvégienne d’une paire de rois avec 7-4 dépareillés

Le deuxième adversaire, le charismatique Emmanuel David, est l’auteur d’un livre de poker ! C’est l’original Chips & Cards Tricks, aux éditions Borneman 2008.



Emmanuel David se méfie de moi, c’est sûr

Il s’agit bien d’un livre de manipulation des jetons et des cartes, pour impressionner l’adversaire avec de jolis chip tricks. Il faut préciser qu’Emmanuel est aussi un talentueux prestidigitateur amateur.

Sans fausse modestie, la partie se passe très bien, pas d’erreur cette fois, et une ambiance très agréable ; forcément, entre auteurs…


Troisième tour : une leçon de stratégie, et de modestie

Le déroulement du troisième match est riche d’enseignement sur la gestion d’un match. Nous allons nous y attarder.

Je rencontre un certain Franck, archétype du jeune joueur de club, expérimenté et en pleine progression, lui aussi irréprochable à table, particulièrement sérieux et courtois. D’ailleurs, c’est le tournoi entier qui devient plus sérieux, nous sommes en quarts de finale et avons un donneur attitré : Wilfrid ! Vous savez, celui qui jette son tapis comme Obélix jette son filet dans La vie des clubs – épisode II. Mais en réalité, c’est un grand honneur pour nous, car mon pote Wilfrid n’est autre que le numéro 1 à date dans le classement du club.

Le match contre Franck est tendu et très long, on ne lâche rien. Avec beaucoup d’agressivité et des bons reads, je parviens finalement à prendre un réel ascendant en volant beaucoup de blinds et de pots au flop. Mais la défense de Franck reste très solide. Il joue très bien le flop et m’en prend pas mal aussi. Puis je craque, je tombe comme un vieux flan, tout seul, sur une très mauvaise enchère, alors que le read était bon ! À retenir : un bon read ne suffit pas, encore faut-il rester calme et enchérir correctement. Et la bonne enchère à ce moment, c’était check-call ou même check-fold ! C’est au moment précis où je sais ce que possède mon adversaire (une paire de rois max splittée) que je me permets un inutile et dangereux check-raise en semi-bluff à la river.


Alexis Beuve après une enchère foireuse et un tell révélateur en prime…
bien attrapé le photographe !

Il paye et emporte non seulement un gros pot, mais aussi les trois quarts de mon tapis, alors que les blinds deviennent très menaçants. On repart pour un tour, très long lui aussi et toujours aussi tendu. J’adopte de bonnes vielles techniques short stack et quelques all-in bien placés (méthode S.A.G.E. améliorée perso – articles à suivre…). Mon tapis souffre vraiment et je remonte péniblement la pente jusqu’au moment où je parviens à provoquer la faute, façon Cire : All-in préflop, Franck abat 3-3, j’ai deux valets ! Je le tiens ! Le même coup que face au terrifiant Julien au CP 78 ! Flop : 7-9-10 Turn : 6. River 3 ! Un beau brelan à 2 p… d’outs.

Je félicite mon adversaire pour sa victoire méritée, ce match a fait honneur au poker. J’aurai l’occasion de féliciter Franck à nouveau cette semaine-là, parce qu’il s’agit de Franck Charron, le nouveau Champion de France FFDP 2009, un titre qu’il décrochera quatre jours plus tard.


Franck Charron

Parenthèse théorique : le hasard et la gestion de match

Je souhaite utiliser cet exemple pour faire parenthèse de théorie : même si je suis favori sur cette dernière donne à 80 : 20 préflop et même 96 : 4 à la turn, il serait malhonnête de dire que je perds ce match sur un bad beat, parce qu’il faut appréhender le match en entier et non la donne. Cire dirait que ce n’est pas un bad beat, mais la punition de ma bêtise. Si je n’avais pas fait l’erreur du semi-bluff inutile 30 minutes auparavant, cette donne n’aurait sans doute jamais existé, j’aurais peut-être gagné le heads-up avant, ou alors j’aurais couvert mon adversaire et pu encaisser cette perte sans péril. En résumé, je perds un match où tout va bien, sur une donne qui n’est pas la dernière mais celle du milieu de partie, avec un bon read et une mauvaise enchère. Le bad beat final n’est que la sanction de ce qui s’est passé avant. Le hasard, je l’ai cherché, alors il m’a trouvé. Si l’adversaire ne fait pas d’erreur, le premier faux-pas est déjà fatal.

Les demi-finales opposent :

- La future finaliste, « Youris » (anonymat souhaité, pas de photo, dommage), et Valentin (alias ValVegas).
- Franck et Anthony, le futur vainqueur du tournoi.



Anthony Vallée (webmaster su site du club) gagnera le heads-up du MHE


Les stars et les performances du Montmartre Hold’em

J’ai gardé le meilleur pour la fin. Le MHE est peuplé de nombreux joueurs qui ont su se faire un nom dans le poker français au-delà de la salle du club. Pour les personnalités, j’ai déjà mentionné ValVegas et Emmanuel David. On trouve aussi Yann Le Dréau, le fondateur de la marque Poker Is War et son acolyte Jean-Luc Deloire.


Yann le Dréau – président fondateur de Poker Is War. Très fort joueur on-line.




En matière de résultat – la meilleure carte de visite – voici le palmarès du club, à date.


Wilfrid Bardin, le numéro 1 du MHE au classement 2009


Franck Charron reçoit sont titre de Champion de France FFDP
le 11/07/2009 © Photo FFDP



Christophe Lesseure - Champion de France FFDP 2008
et de beaux résultats à Wagram (Paris), Namur et Las Vegas



Sébastien Fromont, Secrétaire du club. Il a gagné un package avec 3 invités
pour le WPT de Marrakech en octobre 2008 via Chilipoker
Un look de tueur qui dissimule parfaitement le talent, la gentillesse et la générosité.

Citons aussi, parmi les absents :

- Benoit Bera, le chef des caves, n’a pas pu participer au heads-up, car il est à Las Vegas, après avoir décroché un package pour le Main Event des WSOP 2009 via les steps de Pokerstars ! Nous apprendrons son élimination pendant la soirée : A-Q contre A-J, flop A-A-J !

- Fabien Ledoux, athlète et vice-président du club, a décroché un package pour le PCA aux Caraïbes via Pokerstars et Direct 8. Il a frappé un grand coup en gagnant ce package de 25 000$ en partant d'un freeroll.

- Fin 2008, Nicolas Faudier a gagné sa place pour l'Unibet Poker Open à Varsovie.

Et quelques bonnes places collectives régulières dans les interclubs.

Bref, rien qu’en 2009, le MHE envoie trois joueurs dans les trois grands circuits : EPT, WPT et WSOP. Mais aussi : une délégation de 10 joueurs à l'IPO de Dublin en 2008, 8 joueurs à Las Végas en avril pendant 10 jours, 15 joueurs pour l'IPO de Dublin en octobre 2009, deux joueurs en table finale de Challes les Eaux (Grenoble) en février 2009, un tournoi à 200€ et 94 joueurs. Ils sont soutenus par tout le club.

Le message du président :

« J’attache beaucoup d'importance
aux retours d’expérience de nos compétiteurs,
cela peut faire progresser tout le monde en même temps. »


Laurent Macq
Encore un tell bien chopé par Rodolphe,
certes, mais quel est votre read ?

Alors, cela ne répond-t-il pas à toutes les questions et bonnes pratiques de gestion d’un club de poker ?


Rodolphe Engel – Photographe du poker

Tout au long de ce reportage sur le Montmartre Hold’em, vous avez pu admirer les photos – portraits et ambiances – de Rodolphe Engel.
Comme David Leadbetter utilise sa caméra dans ses cours de golf, Rodolphe se porte volontaire pour capter vos tells : visage, mains, posture, pieds (!). Leur interprétation reste toutefois à votre charge.


Liens photo Rodolphe Engel

- Les galeries photos d'art
Autres reportages photos poker & jeux :
- La galerie photo complète du MHE 7 juillet,
- Finale du Summer Tournament du 11 juillet 2009 (3 jours) de Docteur Stratagème,
- coverage du Jeu de go en avril 2008.


Je remercie chaleureusement tous les membres du Montmarte Hold'em pour leur accueil.

Alexis Beuve © PRAXEO 2009



29 juil. 2009

[News] Poker, culture et société au Club Poker 78






Note 2020: >> le premier article sur Julien Martini <<


Une trentaine de passionnés de poker se réunissent à Achères (Yvelines) tous les lundis et les mercredis soirs, de septembre à juin. Parmi eux, Barbara, rédactrice juridique retraitée, Bruno, huissier à l’Institut de France, Jean, peintre et marathonien, David, vendeur multimédia, Benoît, président du club, journaliste, Johann, ludothéquaire, Julien Martini, lycéen – il vient de passer son Bac français, Jacques, commerçant, Christophe et Maël, ingénieurs en informatique. Ils ont entre 17 et 60 ans.



Échantillon du CP 78.
Au centre, chemise noire : Benoît, président du club

Voici le Club Poker 78 d’Achères, en grande banlieue de l’Ouest parisien, à proximité de Poissy, la ville de Peugeot, et de Conflans Saint-Honorine, la ville de Michel Rocard.

Habitée depuis l’ère paléolithique, ville de cheminots au XIXème siècle, Achères détient deux records notables :

1/ Les 100 km/h atteints pour la première fois par une automobile.

2/ La plus grande station d’épuration d’Europe, deuxième au monde après celle de Chicago, capable de traiter les eaux de 8 millions de citadins. Malheureusement, poker oblige, nous n’avons pas eu le temps de la visiter.

Aujourd’hui, l’effervescence de la grande gare de triage ayant périclité, les générations de cheminots ont muté et l’activité des Achérois se découpe grossièrement entre l’industrie à proximité et les métiers du service, plus proches de Paris, rendus possible grâce au tortillard démodé et très mal nommé R.E.R., avec un E comme Express difficilement justifié, puisqu’il prendra tout de même 40 minutes pour parcourir une dizaine de kilomètres à une vitesse d’escargot, sous un soleil de plomb et sans climatisation.


La libération enfin, lorsque je quitte le quai pour découvrir le quartier d’Achères-Gare, totalement neuf : ici, pas de troquet ni de baby foot, mais des immeubles modernes, un stade, un grand lycée et le Centre Culturel Jean Cocteau où le Club Poker 78 a élu domicile. L’accueil est « chaleureux », il faut dire qu’il fait plus de 30 degrés à 20 heures en cette belle journée du 22 juin 2009 : Benoît, président fondateur du club, m’accueille avec Julien, le benjamin du club, et j’apprendrai plus tard qu’il en est aussi le jeune prodige. Nous y reviendrons.


Le temple du poker… à Achères

Je commence toujours ces visites avec le même état d’esprit : dans cette grande saga de la vie des clubs, je recherche à chaque fois l’identité du club et ses éléments différenciateurs, en prenant pour acquis que c’est difficile, qu’ils se ressemblent tous finalement un peu si je ne fais pas attention. Quelle erreur ! Leurs atouts sautent aux yeux dès les premières minutes et ceux du CP 78 sont tout simplement exemplaires.
Présentation du club

Mais commençons par les présentations d’usage. Le CP 78, association de loi 1901, a été fondé en 2008 par son président, Benoît ; il compte aujourd’hui 27 membres actifs.

Le club n’est affilié à aucune entité fédératrice, ne développe ni site web ni forum, ne participe pas aux interclubs et évolue ainsi dans une apparente autarcie, mais nous verrons que les moyens dont il s’est doté lui offrent en réalité une véritable autonomie, et aucune attente particulière « de l’extérieur ».

Le poker culturel et social
Loin du marbre blanc et des frigos bien remplis du Cercle de Casablanca ou de l’enceinte de la ferme aux nobles poutres apparentes du Club 3,14 de Yerres, le CP 78 dispose des moyens les plus sobres, presque spartiates. La surprise ne viendra qu’après… Quelques tapis de feutre synthétique sur des tables en formica, des chaises d’un design très Service Public, un modèle que je connais bien : ce sont celles qui ont accompagné mes longues attentes dans diverses préfectures, centres des impôts ou de la sécu, commissariats (si, si !). Pourtant, Benoît me présente les locaux avec une fierté non dissimulée. En effet, dans cette salle du Centre Culturel Jean Cocteau entièrement dédiée au poker deux fois par semaine, on trouve aussi, en plus du matériel standard, un projecteur, plusieurs ordinateurs et même des cahiers : autant d’accessoires originaux généralement absents des autres clubs et pour cause ; ils annoncent l’identité forte du CP 78, son point fort, à savoir la pédagogie et l’enseignement du poker.
CP 78 : le nec plus ultra de la pédagogie au poker en club

Comme dans tous les clubs, et conformément à la Loi, l’argent ne circule pas dans le CP 78, il n’y a pas de bière non plus (je vous l’avais dit, c’est spartiate). Les ateliers et tournois sont tous des freerolls mais, lorsque je questionne la quinzaine de participants présents le 22 juin, seuls trois déclarent avoir déjà engagé de l’argent au poker ! Sans doute un record, marquant plus qu’ailleurs « l’esprit club », un signe annonciateur d’une nouvelle génération de joueurs, ou d’une nouvelle forme de poker, assez étonnante d’après moi, mais hautement respectable. Malgré les ambitions marquées de leur président en termes de niveau de jeu, les membres se retrouvent avec une forte assiduité deux soirs par semaine avec le seul souhait de se retrouver dans une communauté sociale, culturelle et ludique.

Échanges avec les joueurs, et les joueuses (Barbara)

Les membres du club sont tous très fiers de me présenter Barbara qui, un jour de septembre 2008, a franchi la porte du club avant un timide « Bonsoir, c’est ici le poker ? ». Depuis, Barbara assiste à toutes les séances, suit les ateliers organisés par le président et participe à tous les tournois et cash games. Le Centre Culturel Jean Cocteau offre de nombreux services et ateliers aux administrés d’Achères, avec en particulier un bon niveau de graphisme, dessin et peinture, mais le poker s’y est manifestement imposé et attire les nouveaux (et nouvelles) venus au même titre que plusieurs disciplines culturelles et artistiques.
D’ailleurs, art et poker font bon ménage comme le prouvent les toiles contemporaines de Jean Simonet, le bras droit de Benoît. Un travail splendide de couleurs et de matière. Aujourd’hui deux de ces toiles ornent mon salon et si vous aimez, achetez maintenant, tant que vous avez la cote pour payer : jeansimonet2@orange.fr.

– Ooooh ! Comme c’est beau ! Avez-vous déjà vu rouge aussi rouge ?! Et ce bleu ! Avez-vous déjà vu et un bleu aussi bleu ?
– Un rouge, euh… oui, peut-être, mais un bleu, non.

(Réplique de Jean-Pierre Bacri dans Escalier C)

Jean Simonet

Les ambitions du président, l’identité pédagogique


La séance commence avec les présentations d’usage, notamment le pseudo-événement du jour, ma visite au club, « ma vie, mon œuvre » et ce projet d’article. Mais je m’intéresse vite aux participants, leur parcours, leurs résultats, ambitions et attentes. Ces présentations restent sobres, sans aucune effervescence particulière car je constate rapidement que les membres du club n’ont d’yeux que pour leur président, notamment lorsqu’il reprend la parole et présente l’ordre du jour de la séance du 22 juin. Avec une attention vraiment sérieuse, dans un silence presque scolaire, les Achérois sont prêts.

- Rendu et corrigé commenté du questionnaire d’évaluation de fin d’année (20 minutes)
- Cours magistral sur la gestion des tapis en tournoi (20 minutes)
- Atelier et exercices d’application en tournoi (45 minutes)
- Pause (10 minutes)
- Atelier cash-game (45 minutes)

Au Club Poker 78, on ne plaisante pas avec le poker !

Voilà la teneur unique de ce club : la pédagogie, l’enseignement du poker, l’évaluation des niveaux et des progrès, le suivi quantitatif dans le temps. Un thème particulièrement intéressant puisque, d’après mes connaissances des clubs, le CP 78 a particulièrement réussi là où bon nombre ont renoncé, ou peu investi. Benoît a conçu un cursus de cours et d’ateliers à l’échelle d’une année entière ! Elle débute en septembre, se termine en juin, et ce n’est pas par hasard si elle est calée sur les années scolaires.

Un cursus complet de la théorie au poker

Nous sommes en juin et je pourrai effectivement constater que plusieurs membres du club pratiquent un poker académique, propre et efficace – presque capable de rivaliser avec le niveau que j’ai pu constater dans les écoles de poker comme Docteur Stratagème (alias Le Doc). Deux ou trois joueurs se détachent vers des niveaux que l’on peut vraiment qualifier d’avancés et je présenterai plus en détail un personnage haut en couleur, compétiteur dans l’âme dont vous entendrez inévitablement parler lorsqu’il aura atteint l’âge légal pour venir combattre en ligne : il s’agit de Julien Martini, 17 ans, taillé pour se battre, et pour vaincre.

Le questionnaire d’évaluation

Je tiens à me prêter au jeu et remplis à toute vitesse ce QCM de 35 questions. Les bonnes réponses rapportent 2 points, mais les mauvaises sont sanctionnées.
Il est conçu pour reprendre tous les cours et les concepts théoriques vus pendant l’année : les bases, les cotes, le vol des blinds, la position, les tempéraments de joueur, le jeu short stack, le squeeze. Les premières questions sont simples, par exemple :

- Question 9 : quelles sont les vertus d’une relance préflop quand vous avez une paire d’as servie ?
(A) Faire gonfler le pot
(B) Protéger votre main
(C) Faire peur


Interdiction de vous tromper sur cette question, que Benoît déclare d’ailleurs largement inspirée des premiers chapitres du Poker, au-delà du hasard. Mais il va plus loin. On monte rapidement en puissance avec des questions de synthèse, et malgré deux erreurs d’inattention de ma part et une vraie faute d’enchère due à une mauvaise lecture des tapis, je suis heureux de trouver la bonne réponse à la terrible question 11 ; une décision que je prendrai à l’identique en table réelle, et à juste titre, seulement quatre jours plus tard, lors de la finale annuelle de Docteur Stratagème. La voici. Il y a eu des débats sur la réponse, mais ils sont inutiles : la solution optimale est univoque et parfaitement étayée par la théorie, dont Benoît et moi-même vous faisons grâce dans cet article.

Question 11 : En tout début de tournoi (tapis initial profond, 50 ou 100 BB), l’UTG relance de 3 BB. Il est sur-relancé 10 BB par un joueur en milieu de position. Au cut-off, vous découvrez A-K dépareillés, et vous êtes légèrement couverts par les deux joueurs. Que faites-vous ?(A) All-in
(B) Call
(C) Fold

Évaluez votre niveau avec le Club Poker 78 !
Je ne donne pas la réponse à cette question, car nous avons décidé ce publier le questionnaire du club dans cet article, vous pouvez le télécharger, le remplir et le renvoyer au président, qui s’est aimablement porté volontaire pour les corriger gracieusement et vous retourner les réponses. Soyez honnêtes avec vous-mêmes, n’utilisez aucune documentation.

1/ Téléchargez le Questionnaire d’Évaluation du Club Poker 78 (Lien à paraître).
2/ Envoyez-le dûment rempli à benoitfourets@yahoo.fr

Résultats : Julien atteint le score de 100% de bonnes réponses. La phase des corrections commentées est à mourir de rire, notamment lorsque Benoît annonce les notes et distribue, dans l’ordre, les copies corrigées au stylo rouge et notées !

– Enfin Barbara ! C’est 13 outs que tu as avec ce tableau, et pas 8. Vraiment je ne comprends pas, les outs, on a vu ça il y a deux semaines.

Silence. Des souvenirs du lycée remontent à ma mémoire, hormis la discipline, puisqu’au CP 78, ça ne moufte pas lorsque le président corrige les devoirs !

Les 35 réponses sont décortiquées, débattues, challengées, mais Benoit connaît son cours sur le bout des doigts et obtient toujours le dernier mot. Son ambition est claire : il souhaite faire monter le niveau de son club, transmettre son savoir et lors du tournoi qui suivra le cours sur la gestion des tapis, je le verrai presque malheureux de voir l’incorrigible Jacques caller tout ce qui passe, indépendamment tout critère de profondeur et de position. En effet, Jacques est la calling station du club et il semble d’ailleurs qu’il y en ait une dans chaque club, toujours célèbre, en tête de liste pour infliger de terribles bad beats aux meilleurs joueurs sur des tirages improbables à la river. C’est marrant, lorsque j’arrive dans un club, on me présente toujours la calling station dans les cinq premières minutes. Je vais enfin comprendre pourquoi, ce jour-là.

Cours du soir
Au programme du lundi 22 juin, la gestion des tapis en fin de tournoi. Le cours est projeté en grand format sur le mur, pendant que les membres du club écoutent religieusement la théorie brillamment exposée par le président. Parfois, on ose poser une question…


Cours magistral sur la gestion des tapis

Le timing est remarquable : 15-20 minutes, pas plus, avant de passer à la pratique. Et si cet article doit avoir un seul objectif, c’est celui de mettre les cours packagés du CP 78 à la disposition de tous les présidents de club qui le souhaitent. L’adresse est la même : benoitfourets@yahoo.fr.

Atelier pratique
Les joueurs sont invités à passer immédiatement à la pratique. Présentation par Benoît et Jean (le peintre marathonien) qui animent chacun une table. En application du cours, les joueurs reçoivent des tapis différents : chip leader, short stacks, etc. et on vérifie que tout le monde à compris la théorie et c’est parti. Alors ? Eh bien très vite, la nature reprend ses droits, Jacques call et call encore, pendant que Barbara slowplay ses paires, relance de quelques chips ses mains gagnantes au flop, et ne paye pas les all-in adverses. Il est évident, ici comme ailleurs, que la plupart des joueurs sont venus pour s’amuser, envoyer des jetons et surtout tirer des cartes, au grand désespoir de Benoît bien sûr, alors que Jean se montre plus philosophe…

Je joue tranquille, des coups de plus en plus expérimentaux qui portent leurs fruits (je travaille pas mal les betting patterns cette année). Mais je tombe finalement sur un écueil. Comme d’habitude, Jacques a callé, tiré, et touché à la river ! Un peu plus tard, c’est aussi Jacques qui remportera le tournoi. Calling station, c’est pas une bonne stratégie, mais savez-vous vraiment comment les neutraliser lorsqu’ils sont assis juste à votre gauche ? Pas moi.

On félicite le gagnant, qui joue très bien, par définition.

Cash-game
La pause permet de faire plus amplement connaissance et une heure plus tard, lorsque je quitte le club, je peux saluer chacun par son prénom. C’est appréciable et sans doute apprécié.
Entretemps, un cash-game freeroll s’organise avec une formule 5/10 et 2000 de tapis. Force est de reconnaître que les joueurs et les échanges m’intéressent plus que les résultats. Je pratique peu le cash-game freeroll
Je fais quand même honneur lorsque je reçois la main à l’effigie du club : 7-8 dépareillés, que je relance allègrement préflop. Ça ne donnera rien de bon… J’attendrais un article en Seine-et-Marne (7-7) ou dans les Vosges (8-8) pour reproduire l’expérience.

Graine de star
Cette année, je travaille deux thèmes : les reads et les betting patterns, car une fois la théorie et la technique à peu près acquises, on peut vraiment se concentrer sur l’adversaire. Certes, la technique évolue tout le temps diront certains, et on trouve chaque mois une nouvelle parution sur de nouveaux concepts « neo-new-school ou scandino-ultra-LAG », du type Power Number, S.A.G.E., etc., qui apparentent de plus en plus le poker à une discipline d’entreprise certifiée ISO-9001. Mais n’exagérons rien, la plupart des joueurs ne calculaient déjà pas leur cote, ils ne vont pas commencer à évaluer les ICM en live, et la séduisante méthode de heads-up S.A.G.E. reste truffée d’inefficiences mathématiques dans les mains médianes : J-x, 10-x, 9-x, 8-x, justement celles qui nous intéressent en heads-up !

Lorsque je parle de reads, il ne s’agit pas seulement d’évaluer des plages de main probables du type « avec sa relance préflop et sa position, je le vois sur une petite paire, A-x, K-x ou bien des connecteurs assortis » comme je le lis encore aujourd’hui dans certains magazines ; il ne reste que les grosses paires et les poubelles, on est bien avancé ! Je parle du read où on détecte avec une quasi-certitude l’absence d’As chez l’adversaire sur un flop A-K-Q, où l’on identifie précisément une paire entre 5, 6 ou 7, ou encore lorsqu’il ne fait aucun doute que l’adversaire possède exactement A-Q ou A-J. Ça marche finalement pas trop mal avec beaucoup d’attention, mais seulement contre certains joueurs, même forts, c’est une question d’affinités (Je me plante encore régulièrement contre un certain Olivier, un prof de poker qui se reconnaîtra). Le véritable read va au-delà des cartes, il couvre aussi la lecture des enchères par anticipation, lorsqu’on est capable de prévoir et même d’orienter la réaction adverse au flop ou à la turn sur un call, un continuation bet, un all-in, etc. Ce sont tous ces sujets que je me propose de développer contre Julien lorsqu’il me propose un heads-up, et j’en ai bien besoin, parce que Julien, du haut de ces 17 ans et 1,94 m, fait déjà trembler tout le Club Poker 78 ! On m’annonce qu’il n’a pas perdu un seul heads-up depuis 6 mois, y compris contre des extérieurs au club, et c’est lui qui vient vers moi sans complexe, à peine 10 minutes après mon arrivée… Il s’agit d’un véritable défi.

On voit tout de suite lorsqu’on a à faire à un battant. Julien est brillant dans ses études, il a aussi pratiqué le hand-ball de haut niveau, en sélection Nationale, avant de devoir interrompre son ascension fulgurante vers une carrière promise à la suite d’un accident brutal en plein match. Il a été formé à l’école de l’effort et de la réussite, comme en témoigne son entraineur qui lui disait, lorsqu’il avait 14 ans : « Je veux vous amener là où vous n’êtes encore jamais allé, c’est-à-dire au-delà de l’épuisement ». Il est passionné de poker et ses 100% de bonnes réponses au questionnaire ne sont que l’arbre qui cache la forêt. Alors, lorsqu’on affronte Julien en heads-up, et son regard qui n’a plus rien d’angélique où transparaît toute la fierté des Corses, on fait gaffe.

Terrible heads-up contre Julien Martiniun duel à fort enjeu : la fierté.
C’est Jean Simonet qui deal.

Alors j’ai fait gaffe, et j’ai pu épingler Julien à deux reprises, terminant sur un betting pattern inédit au flop qui pousse mon adversaire à la faute : c’est lui qui envoie all-in. Il a deux 7, j’ai deux dames. Peu importe le résultat car je n’en tire qu’une seule satisfaction : Julien m’a pris au sérieux, nous avons sympathisé et nous échangeons maintenant pas mal sur le poker. Je connais ses résultats, ses progrès, sa façon de voir le poker et d’appréhender ses adversaires. Je connais surtout ses ambitions et les moyens dont il dispose, dont le soutien admiratif de son père, qui est également membre du club. 

Croyez-moi, vous entendrez parler de Julien Martini – alias kroolheart sur les forums.

Add-on : tu m'étonnes, Julien Martini, >> l'homme de l'année 2019 <<


Julien Martini vs Alexis Beuve 
0-2 - Cache ta joie !

Pour finir, si la lecture de cet article vous laisse le sentiment qu’il se passe quelque chose d’inédit au Club Poker 78 d’Achères qui mériterait par exemple que le club quitte son autarcie, notez que la machine est déjà en route. En attendant la majorité de Julien, sachez que le président, Benoît Fourets, vit déjà du poker, il est notamment journaliste et webmaster sur le prestigieux portail www.poker.fr, responsable de la mise en ligne de la plupart des articles que vous pouvez y trouver chaque jour.


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un chapitre du
Poker, au-delà du hasard
Alexis Beuve
© Praxeo 2009