26 avr. 2009

[News] Open de France Mémoire 44
(11-12 avril 2009)

Mémorable ’44 !


Le premier Open de France Mémoire 44 s’est déroulé les 11 et 12 avril 2009 à Tours dans la salle magnifique Jean de Ockeghem.



Mon meilleur souvenir de joueur

D’une certaine manière, les 44 participants se sont tous fait surprendre par les organisateurs de l'Open. Surprises à répétitions en effet, tellement tout était parfait : un tournoi très au-dessus de ce qu’on avait imaginé ou même osé espérer.

Après quelques jours de recul, cet événement a pris la première place de mes souvenirs de joueur ; un sentiment largement partagé, semble-t-il, tellement
les témoignages des participants sont dithyrambiques.

Les remerciements chaleureux et émus ont déjà eu lieu sur place. Je renouvelle les miens pour tous, et en particulier :
  • Adrien Martinot, directeur de la délégation Days of Wonder
  • Arnaud Roy, ô grand organisateur !
  • Jacques alias "Jdrommel" : concepteur des scénarios
  • La Maison des Jeux de Touraine.
  • Mes adversaires : Louis, Emmanuel, Aurélien, Abdelkader, Yvon
  • Et tous les autres, staff, joueurs et joueuses, sans exception.
Avant le 11 avril 2009, Mémoire 44 était un bon jeu de société, (allez, un excellent jeu de société), modérément relayé en boutiques, et totalement absent de la presse spécialisée. Pourtant, dotée de ses outils collaboratifs (scénarios, forum, goodies en ligne), une puissante communauté internationale s’est formée. La ferveur des joueurs francophones, anglophones et même germanophones est manifeste.


Extrait des rapports de bataille en ligne.
Fait remarquable : les trois langues cohabitent sur la même page.


Après cinq ans d’existence, un fort potentiel de croissance avait été identifié, mais il fallait concrétiser, en apporter la preuve en environnement réel. En particulier, les joueurs, les organisateurs et l'éditeur n'avaient jamais eu l'occasion de se rencontrer à cette échelle.


Première surprise

La première inconnue restait l’ambiance de la compétition. Après tout, on nous proposait de nous entre-déchirer autour d'un jeu guerrier, selon un système imposant beaucoup d’agressivité : contrairement aux parties « libres », il ne fallait pas seulement gagner les batailles, mais en plus marquer un maximum de médailles, c’est-à-dire tirer sur tout ce qui bouge, et même sur ce qui ne bouge pas, pour éliminer autant d’unités adverses que possible, au détriment de la défense. L’organisation nous mettait au pied du mur en nous demandant d'appliquer une stratégie d'extermination, à n’importe quel prix.

On était inquiet.


Mon premier adversaire,
Louis «
lbouy », 300 parties à date.
Bizarre, il n’a pas l’air inquiet.
Premier match très violent, une victoire partout.

Résultats : pendant l'Open, l'esprit de compétition était bien présent, et les participants très engagés dans leurs dix parties. Pourtant, les deux jours de tournoi ont été perpétuellement ponctués de rires et d'échanges entre des profils pourtant bien hétérogènes : âgés de 9 à 50 ans, les 44 candidats au titre suprême sont venus de Lyon, Marseille, Toulouse, Strasbourg, Le Mans (…), du Jura et de Bretagne, et même de Paris. L’imposante délégation belge emporte tout simplement le premier titre en Wallonie. Et puis il y a Sergey, le moscovite très remarqué, dont la plupart des adversaires digèrent encore leur défaite sur le front russe. Il y avait des papas, des enfants, mais aussi des mamans supportrices, des vieux grognards du wargame, des passionnés de board games, des joueurs d’échecs, de go ou de poker, des profs d'histoire, des militaires. Et puisque vous vous posez la question : dans ce monde de brutes, oui ! La gent féminine était elle aussi élégamment et dignement représentée.

En résumé : un cadre exceptionnel, une ambiance exceptionnelle, une organisation exceptionnelle, et seuls quelques jets de dés décevants me laissent encore un arrière goût amer. D’ailleurs, tous les joueurs étaient unanimes et le doute plane toujours : les dés avaient-ils été testés ? :-)


Hasard et stratégie, toujours la même question (voir ici)…

Trêve de plaisanterie, le niveau de jeu pendant l’Open restait lui aussi une inconnue. On a mis des décennies à admettre que des joueurs de poker pouvaient afficher des niveaux objectivement différents. Qu’en était-il de Mémoire 44, ce système où les mouvements sont soumis à des tirages de cartes et les combats à des tirages de dés ?

Nous avons eu la réponse, pressentie mais encore incertaine : les joueurs expérimentés ont obtenu les meilleurs résultats, sans appel, jusqu’à la finale. Ce n’était pas forcément les plus âgés, répliquerait à juste titre Christophe Épiais, 4ème du tournoi, père de Matthieu (12 ans), 12ème et d’Aurélien (9 ans !). Néanmoins, personne ne s’est plaint du tirage des rounds et des adversaires, où réside la véritable part de hasard. Pour tout le monde, des matches plutôt « faciles » ont alterné avec des chocs brutaux contre un ou plusieurs experts passionnés. Ces rencontres sont révélatrices : préparons-nous surtout à des opens futurs où il sera de plus en plus difficile d’enchaîner les victoires aller ET retour contre le même adversaire. Le score presque parfait de 9 victoires sur 10 atteint par les deux finalistes – mesurez bien la performance ! – sera de plus en plus inaccessible, et sur tel nombre de parties, le rôle du hasard reprendra vite la modeste place qui lui revient.



Le team Praxeo

La délégation Praxeo a fait un résultat correct, sans plus. Mais que de plaisir !


Russie, morne plaine. Net et sans bavure.

Mathieu, 4ème à la fin du premier jour, plein d’espoir et les dents qui rayent la moquette de la salle Jean Ockeghem – on le comprend –, connaît un dimanche difficile et termine finalement 13ème avec 8 victoires. Je quitte aussi le haut du classement lors du dernier match contre le redoutable Yvon "Bomberos", le numéro 1 du premier jour : 1 partout : 6-1, 2-6 (!), un score meurtrier pour tous les deux. Paul, notre jeune espoir, termine plus loin, avec 6 gains et un carton plein de 4 victoires consécutives Day-2, sur des scénarios difficiles, et après un solide briefing stratégique du team Praxeo le samedi soir à l’hôtel ! Étude des scénarios, évaluation des risques, analyses techniques. Cette approche « en équipe », comme celles du team Épiais et de la forte délégation wallonne, laisse totalement entrevoir l’émulation qu’apportera bientôt la pratique de Mémoire 44 en club…


La finale, deuxième grosse surprise

Deux joueurs se sont nettement détachés :
  • Le manceau François Gonçalves, alias Hawkmoon Von Köln, pionnier de la communauté francophone et hyperactif sur le forum, affiche à la fin des 10 parties de poule 9 victoires, 61 points sur 62 possibles, soit 98.4% du score max. Absolument incroyable.
Les pronostics le donnent favori, sur des critères délicieusement subjectifs : il est plus grand, plus imposant, il est sympa. Et puis, il a un joli pseudo. Et surtout, il joue très bien.

  • Venu de Belgique, son challenger charismatique Mehdi Mrakha est tout aussi impressionnant avec 9 victoires et 60 points, une performance remarquable de 96,8%.
La première finale sera déjà internationale : c’est magnifique ! Heureusement que le Championnat de France s’est rapidement transformé en Open, dès sa première année. La communauté M44 s’affranchit d’emblée des lourdes polémiques chauvinistes que j’ai pu constater dans d’autres communautés ludiques que je ne nommerai pas…

La véritable surprise de cette finale, assurément la plus spectaculaire, c'est le professionnalisme de la mise en scène. Les photos se passent de commentaires. Et il y aussi le choix du scénario : l’offensive américaine vers Cherbourg en juin 1944 – du bocage pur sucre, compliqué par des rivières et d’imposants reliefs en prime (accessoirement, c’est ma région natale). Il fait peur, presque autant aux spectateurs qu’aux finalistes.


Mehdi vs Hawkmoon – photo Arnaud Pirois



Grandiose ! – photo Stavros Gessis

Un décor qui n’a rien à envier aux événements les plus prestigieux, comme un tournoi d'échecs à Linarès ou un Ryûô Sen de Shogi à Paris (Voir ici). Toutefois, les images ne permettent pas de retranscrire l’ambiance sonore. Écoutez plutôt :

– Aaah! Ooooh! du public, après un bon vieux tir de grenade bien moulu de Mehdi sur l'artillerie adverse.

– Bravo, bravo ! (applause) après une percée de blindés d'Hawkmoon très agressive, audacieuse, mais réussie.

La piste de dés projetée sur deux mètres carrés de mur de la chapelle gothique assurait le suspens. Arbitrage par Antoine (DOW), commentaires en direct par Arnaud : points de règle, choix des mouvements, résultats des combats, et quelques tentatives d’interprétation de la stratégie des protagonistes : « François joue une reconnaissance pour bénéficier du choix de deux cartes dans la pioche. Ah non ! Il me fait signe qu’il l’utilise comme attaque aérienne ». Encore une règle spéciale à ne pas oublier. Rires… Encore et toujours, une ambiance de compétition à la fois sérieuse et bon enfant ; les spectateurs sont détendus, les finalistes s’adressent directement à eux (à nous), manifestent ouvertement leur joie des bons coups, et intériorisent dignement des revers parfois douloureux. On les sent tendus et l’exubérance de Mehdi dans les poules a fait place à un joueur prudent, posé et consciencieux. Ça bout à l’intérieur, ça ne se voit pas, mais ça se sent. François « Hawkmoon » est égal à lui-même, sympa et brutal, l’archétype et digne représentant du joueur de M44, avec une première victoire rapide supposée exemplaire, jusqu’au moment où le vent tourne : l’angoisse s’installe à 0-4 (sur 7) dans le match retour. Une angoisse immédiatement captée par le public.

Le résultat est sans appel :

  • Hawkmoon (alliés) contre Mehdi (axe) : 7-4 en un temps record
  • Hawkmoon (axe) contre Mehdi (alliés) : 0-7 !
    (une partie dont l'étude aller-retour figurera au programme officiel dans les écoles de Mémoire 44, dans quelques années. Ben quoi ? Il y a bien des écoles de poker...)

Ces joueurs qui, contre les meilleurs, ont connu des parties parfois serrées (Mehdi se qualifie pour la finale après une double victoire très violente 6-5 6-5 au Fort de Clairvaux contre le sparing partner de Jdrommel, tout de même !), ont été confrontés à un scénario particulièrement complexe sur une carte vraiment difficile à lire. On n'avait jamais vu ça. Devant les deux parties, aller et retour, les spectateurs ont pris une leçon de tactique, de stratégie, et d'humilité : nous avons assisté à une démonstration de haut niveau.


Mehdi vs Hawkmoon – Photo FFM44

Pour finir, je tiens à saluer respectueusement l'engagement de tout le staff, et la générosité de Days of Wonder lors de la remise des prix. En particulier, tous les participants se sont vu offrir en avant-première la nouvelle extension Battle Map #2 (super les Tigres !).


Arnaud Roy et Alexis Beuve
T’as assuré, mon pote !


Bonus Praxeo


© Days of Wonder

En réponse au geste de DOW, et avant même la sortie officielle de l’extension qui introduit les redoutables Tigres, je vous offre une étude comparative des unités de M44, permettant de situer le Tigre. Attendez-vous au pire…


Accéder à l'article


L’aventure commence maintenant

À l'échelle de l’ambition des organisateurs et des attentes exigeantes des joueurs, l'Open de France n'était-il pas avant tout une première étape, un test, un proof of concept ? Maintenant, la communauté francophone se connaît, la communauté US observe avec beaucoup d'attention, et le système de tournoi semble rôdé dès sa première occurrence. Personne à ma connaissance n’a contesté le mécanisme des rounds (aléatoire), les conditions de victoire (pourtant nouvelles et plus violentes que les règles normales en partie libre), ni le système de classement par médailles/figurines et non par victoires. Avez-vous déjà constaté une telle adhésion ailleurs ? Il y a de quoi envisager la suite sous les meilleurs hospices. À ce titre, écoutez plutôt les annonces exclusives d’Arnaud Roy (équipe d'organisation) et d’Adrien Martinot (DOW), pendant la remise des prix :
  • Projection d'un Open de France 2010 (international) quelque part en Normandie, pas loin des plages du débarquement…
  • Création prévue d'une fédération de Mémoire 44.

Le Devoir de Mémoire

De mon humble avis de wargamer, Mémoire 44 n’est plus un jeu de société, c’est désormais un jeu d’Histoire à part entière (i.e. wargame avec figurines, même si les règles restent relativement simples). Incontestablement, Mémoire 44 est rentré dans la cour des grands et j’espère qu’il sera maintenant relayé en tant que tel par Vae Victis, le périodique de référence sur ce thème. S’il fallait insister, rappelons que la création du jeu en 2004 était motivée par le Devoir de mémoire, et commanditée par la Mission du 60ème anniversaire des Débarquements et de la Libération de la France. Mission accomplie.


Cinq ans plus tard, au moment où les bons jeux entament habituellement une période de déclin, l’objectif est atteint et l'aventure ne fait que commencer. C'est une bonne chose que l'étincelle soit venue de France… et de Belgique (rappelons que l'auteur Richard Borg est américain, et la communauté anglo-saxonne nettement plus vaste que la nôtre).

Avec beaucoup de précautions, je pense que le Devoir de mémoire, à l'échelle de ce qu'il peut être dans un cadre ludique, ne fait que commencer.

Plus d’info :
Scénarios

Participants ou pas, de nombreux joueurs souhaiteront revivre l'Open à la maison, y compris la finale, bien sûr, dont voici les six scénarios. Aller-retour obligatoire.

Articles Mémoire 44

Alexis Beuve

(c) Praxeo 2009*
« Une défaite s’explique, une victoire se fête. »

* avec l'aimable autorisation de Days Of Wonder

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